Pourquoi je ne suis jamais satisfait de rien ?
Il y a quelque chose chez moi que j'ai parfois du mal à comprendre, et encore plus à expliquer aux autres : je ne suis jamais vraiment satisfait.
Peu importe ce que j'accomplis, les objectifs que j'atteins ou les obstacles que je surmonte, j'en veux toujours plus.
Toujours un nouveau projet. Toujours une nouvelle ambition. Toujours quelque chose à améliorer, à construire ou à atteindre.
Et franchement, c'est parfois épuisant.
Parce que cette insatisfaction permanente, je la ressens personnellement, mais je sais aussi qu'elle peut être frustrante pour mon entourage et les personnes avec lesquelles je travaille.
J'ai parfois l'impression de participer à une course dont je déplace moi-même la ligne d'arrivée.
À peine un objectif atteint, il perd déjà de sa valeur à mes yeux.
Ce qui me semblait autrefois inaccessible devient presque banal. Ce qui représentait une ambition énorme devient simplement une nouvelle normalité.
Et je me retrouve déjà à regarder plus loin.
Cette obsession du prochain objectif
Pendant longtemps, je pensais que ma satisfaction viendrait du résultat.
Que lorsque j'aurais atteint tel objectif, réalisé tel projet ou franchi telle étape, je pourrais enfin me dire : « Putain, je l'ai fait. »
Mais la réalité est assez différente.
Bien sûr, il y a une forme de satisfaction. Parfois même de la fierté.
Mais elle est souvent beaucoup plus courte que ce que j'avais imaginé.
Et c'est assez déstabilisant de constater qu'un objectif qui t'a demandé des mois, parfois des années d'efforts, peut perdre une grande partie de sa saveur une fois atteint.
Comme si le simple fait d'obtenir ce que je voulais suffisait à me donner envie d'autre chose.
Alors je recommence.
Un nouvel objectif, une nouvelle difficulté, un nouveau défi.
Et pendant longtemps, je me suis demandé si j'arriverais un jour à être réellement satisfait.
Et si je m'étais simplement trompé sur ce qui me rend heureux ?
Depuis quelque temps, je commence à voir les choses différemment.
Je crois que ce qui me plaît profondément, ce n'est pas tant d'atteindre mes objectifs que de parcourir le chemin qui m'y mène.
C'est construire quelque chose à partir de rien.
C'est rencontrer des difficultés, chercher des solutions, me tromper, recommencer, progresser et finalement réussir à faire ce que je pensais parfois impossible.
C'est cette progression qui me stimule.
Et paradoxalement, lorsque j'approche de mon objectif, une partie de cette excitation disparaît.
Parce que l'inconnu devient connu. La difficulté devient maîtrisable. Ce qui me paraissait extraordinaire devient presque une commodité.
Le résultat est là, mais le défi, lui, n'est plus vraiment le même.
Je crois que je suis davantage amoureux de la construction que du résultat.
Et cette prise de conscience change pas mal de choses dans ma manière de comprendre mes propres ambitions.
Mais à quel prix ?
Je ne vais pas faire semblant de considérer cette insatisfaction permanente comme une qualité extraordinaire.
Parce qu'elle a aussi ses mauvais côtés.
À force de toujours regarder ce qu'il reste à accomplir, on finit parfois par oublier ce qu'on a déjà construit.
On minimise ses progrès. On banalise ses réussites. Et surtout, on peut donner l'impression aux autres que rien n'est jamais suffisamment bien.
Je sais que ça peut être frustrant.
Parce que ce qui représente une belle réussite pour quelqu'un peut déjà me sembler être une simple étape vers autre chose.
Et ce n'est pas forcément juste pour les personnes qui m'entourent ou qui participent à mes projets.
Mon besoin permanent d'avancer ne devrait pas empêcher les autres d'apprécier ce qu'on a déjà accompli ensemble.
C'est probablement quelque chose sur lequel j'ai encore du travail à faire.
Car il y a une différence entre avoir de l'ambition et être incapable d'apprécier ce qu'on possède.
Et je pense que cette frontière peut parfois devenir assez floue.
Regarder derrière soi plutôt que toujours devant
Ce qui est assez fou, c'est que mes plus grandes satisfactions arrivent souvent lorsque je prends le temps de regarder en arrière.
Pas forcément lorsque j'atteins un objectif.
Mais lorsque je réalise tout le chemin parcouru.
Je repense à ce que je ne savais pas faire, aux difficultés qui me semblaient insurmontables, aux décisions que j'avais peur de prendre et aux choses que je pensais inaccessibles.
Et là, je ressens quelque chose de différent.
Une satisfaction beaucoup plus profonde que celle d'avoir simplement coché une case sur une liste d'objectifs.
Parce que le résultat me montre ce que j'ai obtenu. Mais le parcours me montre ce que je suis devenu.
Et je crois que c'est précisément là que se trouve ce que je recherche.
Finalement, je ne suis peut-être pas quelqu'un qui a besoin d'atteindre toujours plus d'objectifs.
Je suis peut-être simplement quelqu'un qui a besoin de continuer à apprendre, à construire et à progresser.
La nuance me semble importante.
Alors, faut-il apprendre à se satisfaire ?
Je n'ai pas vraiment de réponse définitive.
Et pour une fois, je n'ai pas spécialement envie d'en trouver une immédiatement.
Je sais simplement que cette insatisfaction fait partie de mon fonctionnement. Elle m'a poussé à entreprendre, à prendre des risques et à dépasser certaines limites que je m'étais moi-même fixées.
Mais je ne veux pas non plus qu'elle m'empêche d'apprécier ma vie ou qu'elle devienne un poids permanent pour ceux qui m'entourent.
Je crois que mon véritable défi n'est pas d'arrêter de vouloir plus.
C'est d'apprendre à apprécier ce que j'ai déjà, sans perdre cette envie de construire ce qui vient ensuite.
Parce qu'au fond, si je passe toute ma vie à courir après le prochain objectif en oubliant de profiter du chemin, à quoi bon ?
Et peut-être que c'est ça, le plus grand paradoxe de mon ambition.
Je passe mon temps à vouloir arriver quelque part, alors que ce que j'aime le plus, c'est finalement d'être en chemin.
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